
狩野宗秀 (Kanō Sōshū, 1551 – 1601),
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Le premier unificateur du Japon, Oda Nobunaga (1534 – 1582), a passé sa vie sur les champs de bataille, conquérant une grande partie du pays. Il s’est fait seppuku en 1582 à la suite d’un coup d’État provoqué, entre autres, par sa légendaire férocité. Il n’empêche qu’il a modifié à la fois la manière de faire la guerre et celle de concevoir l’État japonais. Il fut le premier à avoir l’ambition de conquérir l’ensemble du territoire pour en faire un pays uni. Encore aujourd’hui, malgré les atrocités qui lui sont imputées, il jouit d’une grande popularité au Japon en raison de son ambition d’un État unifié sous l’autorité d’un shōgun, ce qu’aucun shōgun ou empereur n’avait réussi jusque-là.
Oda Nobunaga était le daimyō, le gouverneur et chef militaire d’une petite province du centre du Japon aujourd’hui disparue : Owari. C’est à l’ouest de Nagoya, à mi-chemin environ entre Tokyo à l’est et Kyoto à l’ouest.
À la mort de son père en 1551, il devient son successeur légitime à 17 ans. Dès lors, il entreprend d’unifier la province d’Owari, divisée par des tensions familiales. En 1555, il fait massacrer son oncle au château de Kiyosu.

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L’année suivante, son frère Oda Nobuyuki se révolte contre lui, mais il le défait sur le champ de bataille tout en étant contraint par sa mère de l’épargner. Il attendra un peu avant de lui tendre un piège au château de Kiyosu et de l’assassiner.
Un an plus tard, Imagawa Yoshimoto, un des plus importants daimyō du Japon, fait route vers Kyoto avec 30 000 hommes et décide de prendre au passage possession de la province d’Owari. Avec à peine 3 000 hommes à lui opposer, Oda Nobunaga se sait perdu dans une bataille classique. Il décide alors d’un coup de force : il attaque de nuit, sous l’orage, le poste de commandement d’Imagawa.
La surprise est totale. Le daimyō et ses principaux généraux sont tués, ce qui met le reste de l’armée en fuite. Nobunaga fait décapiter 3 000 soldats pour l’exemple. Surtout, il remporte une victoire dont tout le Japon parle, tant les forces en présence étaient disproportionnées et son coup d’audace admirable. La légende de Nobunaga est née à la bataille d’Okehazama.
Le clan Imagawa est affaibli, et Nobunaga en profite pour sceller une alliance avec le clan Matsudaira, en convainquant Tokugawa Ieyasu, troisième unificateur du Japon et futur fondateur de l’époque Edo.
Pendant 18 ans, Oda Nobunaga ne cesse d’agrandir son territoire au prix de victoires, mais aussi d’échecs, parfois cuisants. Il devient totalement impitoyable. Dans sa lutte contre les moines-soldats bouddhistes, les Tendai, il finira par anéantir le temple symbolique du mont Hiei, près de Kyoto, l’Enryaku-ji, tout en faisant massacrer de nombreux civils. Femmes, enfants, prêtres : personne n’est épargné, jusqu’à l’écœurement de ses propres officiers. Cela lui vaut le surnom de « Roi démon ».

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En 1575, Oda Nobunaga remporte contre le clan Takeda la bataille de Nagashino, première bataille qualifiée de moderne au Japon. Pour contrer la cavalerie ennemie, Nobunaga fait élever des palissades en bois pour protéger ses arquebusiers qui tirent sur l’ennemi par salves successives. il démontre ainsi la supériorité des armes modernes sur les techniques de combat classiques utilisées jusqu’alors pas les chefs de guerre. Ralentis par la pluie et par un torrent, les redoutables cavaliers samouraï du clan Takeda se trouvent à 50 mètres des palissades construites par Nobunaga, la distance idéale pour permettre aux tirs d’arquebuse de percer l’armure des cavaliers. Cet épisode important est évoqué dans le film Kagemusha (1980) d’Akira Kurosawa.
En 1582, Nobunaga est trahi par un de ses généraux, Akechi Mitsuhide. Il se fait surprendre dans un temple de Kyoto, accompagné seulement de quelques gardes personnels. Il est contraint de se faire seppuku. Les raisons de la trahison ne sont pas claires, mais elles ont forcément à la fois un rapport avec le climat de l’époque et la personnalité féroce d’Oda Nobunaga.
Le traître Akechi ne jouira pas longtemps de son succès. Son surnom est Jūsan kūbō, le shōgun de 13 jours. C’est le temps qu’il faudra au plus important des généraux de Nobunaga, Toyotomi Hideyoshi, pour le renverser et se positionner en véritable successeur d’Oda Nobunaga.
Oda Nobunaga a réussi ce que personne n’avait fait jusque-là : unifier la partie centrale du Japon, au prix de terribles massacres, mais avec une véritable vision politique d’un Japon uni.
Il a modifié les tactiques militaires, utilisant les mousquets apportés par les Portugais au début du 16ᵉ siècle et créant les premières unités de fantassins, qui vont prendre le dessus sur les samouraïs cavaliers se battant à l’arc et au sabre. Il a aussi exigé une obéissance absolue de ses vassaux et de ses hommes, ne tolérant aucune dissidence et les réprimant sans pitié avec une violence inouïe.
Mais ce n’était pas qu’un militaire : il avait également une vision économique, faisant passer le Japon d’une économie agricole à une économie industrielle et tertiaire par le biais de l’administration et des transports. Il a fait construire des routes non seulement pour le déplacement de ses armées, mais aussi pour faciliter le commerce.
Oda Nobunaga était un démon cruel, mais il fut le premier à faire sortir le Japon de la féodalité. Il sera suivi par Toyotomi Hideyoshi et Tokugawa Ieyasu.
Bibliographie
- Souyri, Pierre-François. Nouvelle histoire du Japon. Paris : Perrin, 2010.
- Souyri, Pierre-François. Les guerriers dans la rizière. La grande épopée des Samouraïs. Paris : Flammarion, 2017.



